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Chapitre 3 : Errance

Chartreuse de Valbonne, le cloître

Français de Drôme et d'Ardèche

Chapitre 3: Errance

J’ai donc quitté la ville, je me suis retrouvé sur un barrage hydro-électrique en construction en Ariège (3).

J’ai dû le quitter, après l’explosion dans le tunnel d’Ax-les-Thermes.

Plus tard, j’ai dû quitter brusquement l’Aveyron, parce que les gendarmes de Naucelle s’intéressaient à moi… mais cependant pas assez pour ne point me permettre de fuir. Harassé, j’ai frappé un soir à la porte du pasteur Delord, à Carmaux.

- Voilà, je suis pris de court. Je ne sais où aller - Tenez, lavez-vous. Je vous prépare quelque chose à manger. Vous allez dormir ici et, demain, vous irez chez mon père, dans le Gard. Il dirige une léproserie à la Chartreuse de Valbonne. Vous y serez à l’abri. Les allemands ont une peur noire de la lèpre. Ils n’approchent jamais le secteur.

A Valbonne, pour un jeune homme de 22 ans qui n’a pas la vocation, l’atmosphère était insoutenable.

Pour soigner les malades, il y avait peu de médicaments. De l’huile de chomoul gras, du bleu de méthylène dont on baignait leurs plaies.

Pas d’électricité. Un générateur qui ne marchait que rarement, pour économiser l’essence.

Dans l’obscurité des couloirs, je craignais toujours de me heurter à l’un de ces hommes bleus qui me toucherait de son moignon, bien que l’on m’avait assuré que, sous notre climat européen, la lèpre n’est pas contagieuse.

Il en mourait souvent, dans des douleurs atroces. Chonchette, l’institutrice poète de Martinique, a hurlé trois nuits de suite. La quatrième, le glas de la petite chapelle a sonné. C’est moi qui ai creusé sa tombe, dans le petit cimetière du cloître…

Les trois litres de gnôle que mon copain Mitka m’avait donné, en quittant Vauvert, étaient épuisés. Je n’avais plus rien pour me remonter le moral.

Malgré l’hospitalité sécurisante de Valbonne, je n’en pouvais plus. Je suis parti pour la Drôme, me louer comme domestique dans une métairie de Montmeyran.

1943 - J’étais là, depuis un moment, quand mes parents me firent savoir que leur situation en ville devenait de plus en plus précaire. Ils s’attendaient à être arrêtés d’un jour à l’autre.

Dans une agence de Valence, j’ai trouvé (çà se trouvait à l’époque) un petit pavillon meublé à louer à Portes-lès-Valence, entre la RN7 et le Rhône.

(3) Gnioure